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 À propos du livre

Vergès l'anticolonialiste

entretien avec Philippe Karim Felissi,

éditions du Felin

par : Terouga

Ce court livre d’entretien (moins de 130 pages) nous plonge de nouveau dans une période sombre de l’histoire de France : la guerre d’Algérie.

J. Verges est alors un jeune avocat parisien qui prend fait et cause pour la "révolution algérienne", en effet, tout en restant maître de son libre arbitre comme il dit il assume totalement la ligne politique du FLN.

Mais avant de rentrer dans les détails politico-judiciaires de cette période, J. Verges raconte comme il est arrivé à des opinions aussi radicales sur "l’Algérie française".

L’enfance de l’art

Fils d’un diplomate français au Siam et d’une vietnamienne, J. Verges (et son frère) prennent conscience très tôt de la violence de la société coloniale qui interdit (et sanctionne) tout métissage. Puni pour avoir épousé une "indigène", le père de l’avocat se retrouve au placard sur l’île de la Réunion, autre expérience de société coloniale. Grandissant à l’ombre de l’impérialisme français des années 30, le futur partisan du FLN s’engage à moins de 20 ans dans les troupes de la "France libre" convaincu que les pires réactionnaires et les plus féroces colonialistes sont encore du côté de Vichy et des Nazis.

Du côté du FLN

Au PCF au moment du déclenchement des "événements d’Algérie", J. Verges s’engage immédiatement dans la défense pénale des premiers "terroristes". Partisan d’une défense dite de "rupture", il s’éloigne du PCF et des avocats de "gauche humanistes" partisans d’une défense moins provocatrice. Ainsi J. Verges va-t-il tout faire pour discréditer la justice militaro-coloniale en faisant le procès du procès et en parasitant autant que possible la machine administrative.

Menacé de mort, expulsé d’Algérie, résolument du côté du FLN sans s’attarder sur la politique (et les méthodes) de ce mouvement il assume encore aujourd’hui cette ligne judiciaire originale et innovante.

Sur le colonialisme

Outre son passé d’anticolonialiste J. Verges est aussi un penseur du colonialisme : totalement opposé à l’idéal des Lumières, le colonialisme français a sérieusement sévit après la guerre. Il rappelle que la "guerre d’Algérie" a commencé le 8 mai 1945 à Sétif quand l’armée et les milices de colons ont massacré des milliers d’Algériens. De plus Madagascar s’est soulevé en 1947 contre la présence française. Bilan de la répression : entre 75 000 et 150 000 morts... Et que dire des provocations en Indochine afin de pousser à la guerre contre Ho Chi Minh ? Bref, l’avocat note avec satisfaction que la France admet avoir torturé en Algérie, mais regrette aussitôt que ces crimes ne soient montrés que comme des dérapages et que d’autres atrocités soient occultés comme l’arme des viols ou encore les "camps de regroupements" où des centaines de milliers de civils (femmes, enfants, vieux...) crevèrent de faim et de soif.

Si le livre n’aborde pas la suite du parcours de J. Verges (de ses sympathies maoïstes au procès Barbie) on retrouve là une des idées constantes du personnage : le fait que derrière la "démocratie des Blancs à l’usage des Blancs" se trouve très souvent une tyrannie coloniale souvent implacable. Ainsi rappelle-t-il que le génocide des Indiens a été planifié et réalisé par les rédacteurs de la première déclaration des Droits de l’Homme...