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À propos du film :"Trainspotting" :

Existe-t-il une vie après le libéralisme ?

par : Terouga

 

1.Une histoire édifiante

Le film commence par une sorte de manifeste contre la vie consumériste et la société de consommation. Le héros nous demande pourquoi il choisirait une vie vouée à acheter n'importe quoi à crédit et à s'ennuyer jusqu'à la mort. Cela passe pour une justification logique du "choix" de l'héroïne synonyme à la fois de révolte et de plaisir inimaginable...

Mais très vite le décor de cette fuite dans le plaisir artificiel est planté et empêche toute sympathie pour la démarche : le héros et ses amis vont ramper et survivre dans un univers de squats, de saleté indicible et de cauchemar plus ou moins éveillé.

L'histoire débute à Edinbourg, épicentre des réformes libérales des années 80 et s'achève dans la Londres babylonienne des années 90.

Intelligent et plutôt sympathique, notre héros fini par se détacher de sa vie d'épave droguée pour finir précisément comme un remarquable petit bourgeois égoïste et conformiste. Il échappe définitivement à sa vie de looser toxicomane en volant sa bande d'amis avec qui il s'était enrichi dans une audacieuse opération de trafic de drogue...

Avant cette fin totalement amorale il y aura eu plusieurs morts et une descente dans les tréfonds de la société britannique totalement ravagée par le libéralisme suicidaire de Thatcher.

2. De la morale en système purement libéral

Rien ne résiste au libéralisme, pas plus l'amitié que la santé.

Putréfiée par des "réformes" sans pitié la société britannique découvre dans ce film de 1996 un nouvel épisode de l'après socialisme : Ken Loach ou Mike Leigh ne sont pas les seuls à explorer les angles morts du libéralisme.

Le libéralisme ravage tout dans ce film : la famille des jeunes drogués (transparente et impuissante), l'État incarné par des autorités tardivement mais réellement répressives, les relations Hommes / Femmes qui dérivent vers une sexualité compulsive et vaine, etc.

Seuls restent les rapports de force qui s'expriment par la violence pathologique du seul personnage qui ne se drogue pas (mais qui est alcoolique) et par les rapports économiques : pour peu qu'on ait de l'argent on peut toujours prolonger le grand cirque. Argent pour se droguer. Argent qu'on glisse à un taxi indifférent qui emmène le "héros" à l'hôpital après un mauvais trip. Argent qu'on vole pour rompre avec cette vie de damnés. Argent qu'on "gagne" en devenant trafiquant et/ou proxénète, etc., etc.

La seule issue (avec la mort lente) est donc de devenir un petit soldat du Capital, c'est la voie choisie par le personnage principal qui après avoir rencontré un certain succès comme agent immobilier à Londres fuit avec le magot à la fin du film, bien décidé à oublier le passé (et l'amitié) sans autre forme de culpabilité.

3. Un cinéma de l'acceptation ?

Si le côté "rebelle" du toxicomane ne résiste pas à la rigueur du scénario, on peut quand même regretter que Trainspotting soit un film si complaisant avec l'immoralité du "héros". En effet, même dans les pires moments du film on garde une sympathie réelle pour le personnage principal, on comprend même sa trahison et on est réconforté par le "geste" qu'il fait pour son ami préféré (à qui il laisse un peu du pactole).

Le film affirme bien que sans sursaut individuel (et individualiste) il n'y a pas d'issue possible. Si on ne sait pas qui est Thatcher on ne sait pas pourquoi les Britanniques sont devenus si cinglés. Tous les liens sociaux sont vides de sens et pollués par les rapports de force. Contrairement à Naked de Mike Leigh (1992) il n'y a aucun discours politique, aucune analyse. L'esthétique de la réalisation fini par amadouer l'abjecte réalité, cela contrairement à Sweet Sixteen de K. Loach (2002).

L'humour et les gags du film empêchent même toute révolte devant la situation sociale décrite. On finit par trouver logique le décès d'un des drogués dans la solitude et la crasse, on finit par être soulagé par l'évasion salvatrice du héros, on fini par oublier que la fin "positive" ne règle rien, surtout pas le problème essentiel : la mort de la société britannique.