AccueilNouveautésOrientationsV.A.R.Comité ValmyConstitutionLiens

 

 

PolitiqueSociétéÉconomieEuropeInternationalCultureEditoriaux

À propos du livre : Le Royaume enchanté de Tony Blair, de Philippe Auclair :

La Grande-Bretagne survivra-t-elle au blairisme ?

par : Terouga

Journaliste à Marianne, installé en Grande-Bretagne depuis plus de 20 ans, Philippe Auclair nous livre dans Le royaume enchanté de Tony Blair un portrait total du blairisme alors que les Britanniques semblent revenus des illusions et des « réformes » du New Labour.

Santé, éducation, chômage, libertés publiques… Rien n’échappe au regard précis et acide de cet excellent connaisseur du Royaume-Uni et de son libéralisme de Thatcher à Blair.

I. Gaspillage de l’argent public

Contrairement aux idées reçues, le New Labour et l’inamovible ministre de l’économie de T. Blair G. Brown ne sont pas des bons gestionnaires. Le livre de Ph. Auclair débute par l’analyse précise et argumentée du dernier budget britannique où plus de 1000 milliards d’euros (sic) de déficit ont été escamotés par les experts en com du gouvernement.

Car le blairisme est avant tout un langage, une novlangue subtilement utilisée pour masquer les mensonges (guerre en Irak), les déficits ou encore le bilan des réformes de neuf années de blairisme.

En effet, après presque 20 ans de vandalisme ultra-libéral, T. Blair trouve en 97 un Royaume-Uni socialement à la dérive. L’éducation, la santé, les prisons comme les chemins de fer ne fonctionnent plus et les accidents comme les décès s’accumulent. A grands renforts de communication et de martelage médiatique Blair se fait passer pour celui qui va changer la vie des Britanniques ! Comment ? Non pas en remettant l’Etat et les services publics au service des citoyens, mais en faisant appel au privé.

Toutes les prétendues réformes du New Labour reposent sur ça : faire appel aux capitaux privés afin d’épauler les services publics déficients. Officiellement cela n’augmente pas les dépenses de l’Etat et cela se veut performant.

Qu’en est-il 9 ans après ? Pour attirer les grandes entreprises (tout en écartant les PME) le gouvernement subventionne ces dernières à hauteur de plusieurs milliards d’euros pas an. Les dépenses publiques augmentent donc, mais non en rénovant les services publics, mais plutôt en subventionnant des firmes déjà riches.

Pour quels résultats ?

II.  Des services publics en ruine

Après presque dix années de « partenariat public, privé » le bilan est sinistre : par exemple dans les services de santé le gouvernement a attiré les grandes multinationales en allongeant subventions sur subventions pour un résultat médiocre : les Britanniques restent très mal soignés. Pire : Sur 200 000 personnes embauchés par le service de santé presque tous furent des technocrates et autres managers chargés uniquement de gérer les contrats entre public et privé. Dans le même temps le nombre d’infirmières a baissé !

Dans l’éducation même stratégie, même gabegie : les enfants de riches restent dans des écoles privées à plusieurs milliers d’euros par an tandis que les autres enfants s’entassent dans des écoles où le gouvernement n’a investi que dans… l’informatique ! Toutes les subventions gouvernementales supplémentaires sont englouties dans des contrats avec Microsoft après une entrevue amicale (et médiatique) entre Blair et Gates. Là aussi des milliards d’euros ont été purement et simplement gaspillés quand on sait que des logiciels libres auraient pu remplacer les mille et une versions de Windows…

Avec Blair la Grande-Bretagne reste le pays d’Europe qui investit le moins dans l’éducation : 5,5 % de son PIB contre 6,3 % pour la France (aux résultats déjà peu performants).

Et que dire des prisons ? Suivant une idée des conservateurs Blair a fait gérer les nouvelles prisons par des entreprises de sécurité. Des rapports officiels montrent que le coût de fonctionnement est supérieur aux prisons d’Etat pour des incidents plus nombreux.

Comme toujours, face à des performances si médiocres, le gouvernement reste muet et continue à alimenter ses partenaires en grosses subventions pour éviter le scandale et la désertion des trusts.

Énorme scandale de l’ère Thatcher-Major : la privatisation du rail. Bradée en bourse à des amis du régime, Blair hérite d’un réseau mal entretenu, dangereux et très cher pour les usagers. Que fait-il ? Rien. Sur le seul modèle des « partenariats public / privé » de l’argent public arrive dans les caisses des entreprises gérant le rail et rien ne décisif ne change : d’après des rapports non contestés le rail britannique reste le plus mal géré (retards), le plus dangereux (accidents), le plus inconfortable (trains surchargés) et le plus cher d’Europe !

III.  Moins de libertés, plus de pauvreté

Pour masquer son bilan social et économique plus que mitigé, le New Labour fait très logiquement de la surenchère médiatique.

La lutte contre le terrorisme, surtout après les attentats de Londres de juillet 2005, offre une belle occasion au gouvernement de surveiller davantage la population. L’instauration de carte d’identité biométrique et une loi antiterroriste scandaleuse (rejetée à la majorité des 2/3 par le parlement) ne sont que la partie immergée de l’iceberg. En effet, le New Labour enferme à tours de bras. Depuis 97 le nombre de prisonniers n’a cessé de croître et les procès se multiplient contre les opposants à la guerre en Irak, ultime et désastreux mensonge d’Etat qui a coûté la vie à plus de 100 soldats britanniques.

Ce n’est que ça le royaume de T. Blair : un pays où on passe plus de temps à débattre de l’interdiction de la chasse à court que de l’envoie de soldats en Irak.

En attendant des dizaines de personnes se suicident chaque année après s’être surendettées, souvent pour acheter un logement au loyer inabordable. Environ 30 % des enfants sont considérés comme pauvres, le taux de chômage « réel » (c’est  dire calculé comme en France) est autour de 9 % et sorti de la Babylone londonienne (où les chômeurs ne peuvent pas tenir compte tenu des loyers), le pays semble écrasé entre un New Labour qui reste au pouvoir avec seulement 22 % des suffrages exprimés et des conservateurs sans originalité par rapport aux travaillistes.

En 1986 le 1 % de Britanniques les plus riches possédaient 18 % du pays, aujourd’hui, ils en possèdent 23 % ! On estime le nombre de pauvres à 13 millions, soit un quart de la population (essentiellement des enfants et des personnes âgées). Et que dire des « working poors » ? Plus que jamais les patrons use et abuse de leurs pouvoirs : pour être gardé un salarié doit multiplier les heures non payées…

Sans aucune illusion sur le blairisme, Ph. Auclair salut néanmoins le communautarisme britannique. En effet, pour lui, les « communautés » ne se détestent pas, se mélangent. De plus, le racisme est faible et l’extrême-droite marginale.

*****

Derrière une « com » usé par 9 années d’échecs sociaux plus ou moins retentissants, derrière le désastre qu’est la guerre en Irak, derrière l’influence démentielle des grandes entreprises directement reliées à Blair, on a un pays sur le déclin, où on néglige l’immigration pour faire appel à des immigrés qualifiés, où le surendettement est une fuite en avant sans issue et où on n’échappe pas au sourire cynique et froid du Dear Leader.

Et quand on sait la fascination qu’exerce Blair sur les politiciens français…