par : Hajoma
Ce document constitue une base de travail pour synthétiser des orientations déjà développées dans divers textes. Il entend stimuler l'échange et la réflexion théorique pour la poursuite de nos activités (site "Que faire ?", association, campagne pour le non...). Merci à Terouga et à Luthor Lex pour leurs stimulantes critiques des premières versions. À débattre, amender et prolonger donc.
Dynamiques et contradictions du capitalisme
Capitalisme productif et capitalisme prédateur
La disparition de la « gauche »
Le naufrage de l’utopie communiste
Le gauchisme, un libéralisme excité
Que faire ? Esquisse d’un programme
Propositions pour un programme républicain
1. Restaurer le rôle économique de l’État :
2. Faire refluer l’inégalité et la précarité
3. Remettre sur pieds l’école républicaine
5. Mettre en œuvre une politique familiale
7. Assurer l’indépendance nationale
8. Développer de nouvelles coopérations internationales
Le bouleversement politique des années 1980 a brouillé l’image des enjeux politiques. La vieille droite réactionnaire et ultralibérale s’est approprié le PS, devenu son plus fidèle instrument. La droite traditionnelle est restée semblable à elle-même, mais, face à ces nouveaux convertis, paraît plutôt modérée, le tout il est vrai dans un tourbillon de remise en cause des acquis sociaux et droits démocratiques à l’échelle continentale. La comparaison mérite d’être faite avec 1940, non pas que buts et méthodes de l’Union Européenne soient ceux de Hitler, mais la trahison des élites est la même ; elles vendent sans vergogne la République au capitalisme antinational et socialement prédateur.
Face à ce déferlement réactionnaire, nous participons sans conteste au camp de la Résistance. Résistance au libéralisme débridée, résistance face aux remises en cause de l’égalité républicaine, résistance de l’idéal démocratique. Notre projet de remise à plat des fondements théoriques du combat républicain peut surprendre les lecteurs abreuvés aux sources de la pensée unique et de la caricature pseudo historique des combats passés.
Dans la lutte des classes, nous nous situons avec le prolétariat et les classes dominées contre la dictature du capital, sans pour autant reprendre à notre compte les erreurs et impasses de l’ancien mouvement ouvrier.
Gauche ou pas gauche ? Nous évitons de nous référencer à « gauche » dans la mesure ou nous récusons radicalement la stratégie politicienne que le vocabulaire politique actuel cache derrière ce mot : l’alliance contre-nature avec les Hollande, Jospin, Cohn-Bendit et autres fourriers du néocapitalisme n’a d’autre objet que de nous précipiter dans un libéralisme sans fin. Nous sommes favorables à des alliances politiques nouvelles pour restaurer la République et la démocratie. De même nous combattons pour de nouveaux compromis de classe, arbitrés par un état sous contrôle populaire effectif, qui intègre la bourgeoisie capitaliste et la technostructure, mais en les subordonnant à l’intérêt national.
Souverainistes ou pas souverainistes ? Le vocable n’a guère de contenu. La souveraineté nationale et populaire est le socle de notre programme – c’est justement ce qui nous oppose radicalement à l’oligarchie et à sa haine de la démocratie, transcrite dans la constitution-Giscard. Mais cette souveraineté ne suppose aucune hostilité à quelque autre nation que ce soit, bien au contraire : notre combat rejoint celui des peuples du monde entier. La Nation à laquelle nous nous référons est celle de Valmy [1] : celle du peuple souverain, contre la coterie des émigrés dont les privilèges n’ont pas de frontière. Au stade présent de l’histoire, les nôtres sont celles de la France - mais le combat commun pour les valeurs républicaines peut transcender les actuelles nations et donner corps à de nouvelles. Rien n’est figé par le passé, c’est la communauté d’aspiration et de destin qui forge la Nation [2] !
Les orientations ci-dessous esquissées ne constituent encore que des axes de réflexion, sur lesquels nous voudrions susciter la discussion la plus large possible.
Notre projet se fonde en premier lieu sur deux constats : la limite théorique du marxisme, en tout cas tel qu’il s’était incarné dans les appareils politiques du XXe siècle, et le déploiement d’un « néocapitalisme » accompagné d’une régression sociale sans précédent.
Marx avait parfaitement compris la double nature de la bourgeoisie : détentrice du capital, elle accroît son pouvoir en l’accumulant ; les forces productives se développent dans le sillage de sa domination de classe. Mais, poursuit Marx, ce mouvement a un terme historique. Trois contradictions mûrissent par le déploiement même du capital :
baisse tendancielle du taux de profit : le poids
croissant du capital fixe (« constant », chez
Marx) réduit inexorablement la part de l’exploitation
directe des prolétaires dans la valeur de la marchandise,
et, par là même, le taux de profit ;
développement du prolétariat lui-même, et concentration
dans les grandes entreprises où l’unit la division du
travail : « la bourgeoisie produit ses propres
fossoyeurs » ;
tendance croissante à la surproduction, de par la pression
constante de chaque capitaliste pour comprimer ses coûts
salariaux, alors que la production de masse supposerait
une demande salariale en perpétuelle expansion – d’où des
crises à répétition, de plus en plus menaçantes.
La bourgeoisie ne peut contrecarrer ces tendances qu’en détruisant les forces productives qu’elle a accumulées : finalement son rôle « progressiste » disparaîtra et il n’en restera que la face obscure : une classe dominante réactionnaire et prédatrice.
Disons-le brutalement : Marx s’est trompé [3]. Grâce au progrès technique, le poids du capital fixe n’a pas étouffé le profit, et l’accumulation trouve sans cesse de nouveaux domaines où se déployer ; les luttes du prolétariat ont paradoxalement ouvert au capital de nouveaux débouchés. Loin d’une aggravation permanente des contradictions, l’histoire a mis en scène leur dépassement, chaque crise – 1848, 1884, 1929… - créant les conditions d’un essor ultérieur. Les « Trente Glorieuses » (1945-75) ont été la période de l’histoire humaine où les forces productives (développement économique, progrès scientifique…) ont connu le développement le plus impétueux, et où le progrès social a franchi des étapes décisives (Sécurité Sociale, indexation des salaires sur la productivité…).
Mais le déclin puis la chute du communisme ont renvoyé le capitalisme à ses vieux démons : seule la « menace communiste » soudait le compromis social d’après-guerre, dans lequel les capitalistes renonçaient à une partie de leur domination sociale au profit de l’État-« Providence », chargé d’organiser la croissance et le plein emploi et ainsi détourner les classes ouvrières de la Révolution. La bourgeoisie (au sens marxiste du terme : détentrice des moyens de production) s’est alors tournée vers les politiques néolibérales concrétisées dès 1979 dans le thatchérisme en Grande-Bretagne, le Reaganisme aux États-Unis et la « construction » européenne (Mise en place du système monétaire européen en 1979, tournant de 1982 en France sous l’impulsion de Delors).
Le mouvement ouvrier s’est au même moment effondré sous les effets combinés de la crise idéologique (échec du communisme), de la montée du chômage et de la recomposition socio-professionnelle du prolétariat (déclin du prolétariat industriel, montée d’un prolétariat tertiaire précaire, dispersé et sans traditions). Devant l’absence de résistance, la bourgeoisie a accentué son offensive et réévalué ses objectifs – jusqu’à cette fameuse « constitution européenne » qui prétend exclure pour l’éternité toute politique économique qui écornerait ses intérêts.
La tendance de fond est à la compression du revenu salarial, au démantèlement des droits sociaux et à la précarisation des emplois – la régression sociale prenant la forme d’une véritable spirale, puisque l’affaiblissement des capacités de résistance des salariés et que la faiblesse du mouvement social en général encouragent hommes politiques et hauts fonctionnaires à accompagner cette libéralisation « irréversible ».
Comme les salaires ont perdu leur dynamisme de l’après-guerre, la reproduction élargie du capital s’en trouve compromise. La vieille contradiction entre les forces productives et les rapports de production resurgit : faute de débouchés, les crises s’aggravent, la croissance économique ralentit, ce qui affecte en retour les profits eux-mêmes [4]. Un examen superficiel pourrait laisser croire que l’austérité salariale et le retrait de l’État sont sans conséquence, puisqu’en gros, le partage de la valeur ajoutée entre salariés et entreprises se stabilise (beaucoup plus favorablement pour les profits que dans les années 70 toutefois). Mais en fait, la dynamique à l’œuvre est très différente de celle du passé. Dans l’après-guerre, la demande salariale et publique « tirait » la production, les entreprises rétablissant leurs profits « après coup » en s’ajustant à cette demande dynamique [5]. Aujourd'hui, l’ajustement est négatif : les entreprises perdent sur des marchés stagnants ce qu’elles ont gagné préalablement par la compression des salaires et des charges. La stabilité du partage de la valeur ajoutée est donc trompeuse, elle résulte désormais des contradictions d’un néocapitalisme prédateur et rentier [6].
Pourquoi le capitalisme dérive-t-il spontanément vers une telle trajectoire qui n’assure même pas la maximisation des profits ?
Deux explications structurelles :
parce qu’elle résulte du jeu non coopératif de chaque
entreprise cherchant à minimiser ses coûts particuliers,
sans prise en compte des effets macroéconomiques,
parce que le retrait de l’État favorise la
« mondialisation » et en particulier son
principal effet pervers : l’inexistence d’instance de
régulation internationales suppléant les régulations
nationales défaillantes ;
… et deux explications stratégiques :
parce que les institutions régulatrices (État, Sécu,
conventions collectives…) érodent le pouvoir social des
capitalistes et reportent sur eux une part importante des
risques,
parce que, symétriquement, la dégradation de la condition
salariale ne se mesure pas seulement à la part du revenu
national qu’elle capte.
Cette propension non démentie à développer les forces productive a écarté la perspective révolutionnaire, et ceci d’autant plus que le « socialisme réellement existant » (vernis « révolutionnaire » des dictatures bureaucratiques) – un temps utile pour échapper au sous-développement et industrialiser le pays - s’est finalement « perestroïké » en capitalisme sans fard. Le cours réactionnaire du néocapitalisme ne rencontre qu’un mouvement social en déroute organisationnelle et idéologique.
Contrairement à l’idée reçue véhiculée par la propagande, la chute de l’Union Soviétique ne manifesta nullement une « victoire du capitalisme » mais le seul échec d’une dictature bureaucratique dépourvue des régulations internes nécessaires à sa reproduction. Pour résumer, indiquons que les bureaucrates n’ont pas été « renversés », ils ont simplement réorganisé leur pouvoir autour d’une structure capitaliste, mieux adaptée à leur domination sociale.
Ressors imprévus du capitalisme, faillite de l’ « alternative » communiste – il n’en fallait pas plus pour que les « révolutionnaires » de 1968 se transforment en dévots de ce qu’ils avaient brûlé l’espace d’un Printemps. L’ « intelligentsia », un moment tentée par l’émancipation, s’est vite regroupée sous la bannière de l’ordre dominant – bon prince avec ces « fous du roi » dont l’égotisme forcené rejoignait si bien l’individualisme économique et culturel porté par la marchandise.
La gauche institutionnelle s’abîma dans le tourbillon. Le PCF assista tétanisé à la disparition de sa base sociale (les ouvriers d’industrie). Marginalisation militante, désarroi idéologique et alliances électorales aussi désespérées que compromettantes (diverses « union de la gauche ») le mirent hors-jeu durablement (définitivement ?).
Quant au PS, sa « résurrection » après Épinay ne reposait que sur la convergence de politiciens étrangers à la vieille social-démocratie et tout disposés à se convertir à la vague libérale. Les Mitterrand, Rocard, Delors, en instrumentalisèrent sans complexe l’étiquette pour promouvoir la réaction libérale d’autant plus efficacement qu’ils prenaient leur électorat à contre-pied.
Les ouvriers se détournèrent assez vite de cette « gauche » des beaux quartiers ; les « classes moyennes » (conglomérat confus de nouveaux métiers, cocus de la promotion sociale n’accédant aux postes convoités qu’à mesure que le néocapitalisme les banalise et les prolétarise) s’accrochèrent plus longtemps à l’illusion « moderniste », au rêve inconséquent d’une égalité par la massification et le nivellement scolaire. Mais le libéralisme conquérant de l’Union Européenne, les précipitant dans la régression salariale et la précarité, amorça leur retournement [7].
Ainsi la « gauche » institutionnelle, réduite au PS et au Parti Vert [8], totalement convertie à la vague réactionnaire, représente désormais le plus solide appui politique de l’oligarchie, disputant même à Chirac la place de meilleurs propagandistes du « Oui ».
L’intelligentsia est friande de radicalisme en trompe l’œil. Le verbiage gauchiste réunit les vertus de la soumission à l’ordre établi et de la posture « révolutionnaire ». Qu’importent en effet les références à la dictature du prolétariat ou à la révolution mondiale, désormais équivalents du jugement dernier et autres royaumes de Dieu qui égayent les bancs clairsemés des dimanches chrétiens… Le propre des groupes gauchistes (LCR, LO…) est l’absence de programme véritable, si ce n’est la haine de la Nation. Or sans nation, pas de démocratie, pas de négociation sociale, pas d’autre droit que celui que les oligarques échafaudent dans la pénombre de leur internationale du capital, et dont la constitution européenne n’est que la dernière production. L’antinationalisme, que la fausse gauche confond avec l’internationalisme [9], n’est qu’une forme vaguement excitée du libéralisme madelinesque.
Leur surenchère adolescente aux revendications des mobilisations sociales, avec une prédilection pour les plus périphériques d’entre elles (féministes, homosexuels, lycéens, sans-papiers, etc.), leur ultralibéralisme en matière de mœurs, ne font plus guère illusion.
Au-delà du mince vernis révolutionnaire, ces groupes et comités en tous genres s’accommodent fort bien de la dérive libérale ; ils n’hésitent d’ailleurs pas à lui prêter main forte à l’occasion : souvenons-nous de Lutte Ouvrière refusant d’appeler à voter Non au Traité de Maastricht, ou du rabattage électoral éhonté au profit de la « gauche » institutionnelle [10]…
Sur les bases que nous venons d’exposer, deux piliers pour le réarmement programmatique : aider le mouvement social à s’émanciper des discours sans contenu, de la « gauche » et de l’ « Europe », et formuler des orientations positives pour réformer la société.
Les siècles passés témoignent du combat de la société, et en premier lieu du prolétariat, pour domestiquer le capitalisme. Ce mode de production comme les précédents a deux visages : une justification « technique » dans sa propension à développer les forces productives, et un effort permanent de ceux qu’il met à la tête des moyens de production d’accaparer les ressources et le pouvoir, de transformer le mandat « technique » que leur confie la société en privilégiature sans partage. Lorsque la bourgeoisie se libère des contre-pouvoirs – état, morale, syndicats… - elle se détourne de la production et de l’innovation et se tourne vers la rente et l’exploitation.
Des années de bavardage sur « le socialisme que nous voulons », la « rupture avec le capitalisme » et autres proclamations bien sonnantes n’ont débouché que sur l’adaptation la plus sordide aux régressions néocapitalistes. Pour notre part, nous bornons notre ambition présente à définir des digues sociales et institutionnelles pour mettre le capitalisme au service de la société dans son ensemble. Ce modeste programme est toutefois mille fois plus révolutionnaire que les proclamations flamboyantes de notre « gauche » de carton-pâte !
Notre ambition peut sembler ridicule au regards des proclamations de ceux qui prétendent « refaire le monde », mais elle est immense au regard du véritable rythme de l’histoire qui jamais « du passé ne fait table rase ». Il s’agit de renforcer dans nos sociétés post-industrielles les organes autonomes vis-à-vis de la logique marchande (Nation, organisations de masse, famille…) et de canaliser le capitalisme dans sa vocation productive en se donnant les moyens de contenir sa perversion prédatrice. Telle est la vocation de la République, qui par son étymologie même affirme l'existence d'un espace public qui seul donne sens et contenu à la liberté individuelle pour la plus grand nombre. La République, pour être véritable, ne saurait qu'être sociale.
Dans ce contexte, un programme national et républicain doit viser à renverser la séquence mondiale initiée dans les années 80, renforcer les États-nations et le mouvement social – ces deux objectifs étant indissociables : mobilisations et organisations populaires s’adossent aux institutions capables de donner force contraignante aux compromis sociaux qu’ils obtiennent.
Dans cette perspective, les leçons du passé et la tradition du mouvement ouvrier sont précieux, mais nous n’attendons rien de la « gauche » retournée. Quant aux partis de « droite », il n’y reste plus grand-chose de la flamme gaulliste. Là aussi des politiciens gèrent leur carrière sans conviction ni états d’âmes.
Sur les marges des partis oligarchiques frémissent pourtant des tentatives de reconstruction. Nombre de militants tentent sincèrement de reconstruire l’espoir sans oser (encore ?) s’émanciper des vieux partis ou des alliances politiciennes [11]. Les lignes d’un rassemblement républicain et progressiste transparaissent sous la gangue des partis établis, et le « camp du Non », à Maastricht hier et à la constitution-Giscard aujourd'hui, préfigure la nécessaire recomposition en gestation.
La vocation de « Que faire » est d’œuvrer à cette recomposition. Contrairement à beaucoup d’autres groupes, nous nous situons sans ambiguïté en dehors des politiques de replâtrage de la « droite » et de la « gauche ». Sans ambiguïté aussi, nous affirmons que l’Union Européenne ne saurait être « réformée ». Elle s’est constituée par et pour des libéraux, avec des matériaux, des dogmes, des institutions irrémédiablement libéraux. Le temps est venu de REBÂTIR.
La vulgate libérale nous a fourvoyés à contresens de l’histoire. Le poids de la recherche scientifique, la multiplication des situations de monopoles ou d’oligopoles, l’extension des besoins collectifs, les nouveaux enjeux écologiques et la mondialisation elle-même nécessitent le renforcement et la redéfinition des tâches de l’État. Loin de s’opposer au bon fonctionnement des marchés [12]et aux libertés publiques [13], un État réorganisé et puissant en est la condition.
En matière de régulation macroéconomique : la
politique de la banque centrale doit être supervisée par
la puissance publique (contrôle de l’activité bancaire,
règlementation du crédit, politique de taux d'intérêt,
contrôle des changes…) ; le budget de l’État (et
éventuellement de la Sécurité Sociale) doit pouvoir jouer
un rôle contracyclique (déficit de relance en cas de
crise, équilibre ou excédent en temps de forte
croissance).
L’État doit jouer un rôle de chef d’orchestre dans
l’esprit de la planification d’après guerre :
coordonner la recherche scientifique, et moduler
les conditions de l’activité des entreprises pour des
motifs d’intérêt général (politique industrielle,
politique d’aménagement du territoire…)..
conforter les services publics et les étendre à de
nouveaux domaines, en fonction de l’évolution sociale
et technologiques. La santé, l’éducation, les
infrastructures de transports et de télécommunications, la
gestion de l’énergie, l’activité bancaire doivent être
considérés comme des bien collectifs et par là même
échapper aux critères habituels du profit
[14].
La propriété privée des moyens de production ne se
justifie que pour autant qu’elle s’accorde à l’intérêt
général.
Développer les compétences publiques en matière de
lutte contre la pollution et l’épuisement des
ressources (réglementation, taxation, interdictions…
au profit de grands projets de « développement
durable » qui supposent une coordination active par
les pouvoirs publics
[15]
Conforter et étendre le domaine de la Sécurité
Sociale : la santé doit échapper totalement au
marché, et le système de retraites par répartition doit
être conforté. De même le droit au logement doit sortir du
domaine des slogans pour s’inscrire dans une obligation de
résultat (construction de logements HLM ? Garantie
publique des loyers ?).
Assurer à chacun des conditions d’existence décentes,
grâce à l’attribution d’un revenu universel
d’existence, attribué à tous et se substituant à
l’actuel RMI. Pour éviter la désincitation au travail,
tout revenu complémentaire devrait s’ajouter au Revenu
Universel (et non s’y substituer comme avec l’actuel
système qui multiplie les effets de seuils, le travail se
traduisant par la perte de droits et
d’allocations !).
Renforcer et appliquer réellement le droit au
travail : l’ensemble des charges sociales doit
être totalement déconnecté des salaires (impôt sur la
valeur ajoutée brute ?) de manière à réduire au
maximum le coût d’une embauche supplémentaire pour les
entreprises et réduire les avantages du travail
clandestin. Le plein emploi doit être un impératif
politique absolu et permanent ;
Renforcer également le droit DU travail : des
règles communes et raisonnables doivent s’appliquer à
l’ensemble de la main-d'œuvre (durée et conditions du
travail, rémunération des heures supplémentaires…), avec
des moyens suffisant pour l’inspection du travail et une
justice professionnelle rapide et effective.
L’école est d’abord le creuset de la socialisation civique : durant des décennies les gouvernements successifs ont tenté de cacher les conséquences de leur politique de croissance faible et de développement du chômage en faisant miroiter le vain espoir de l’ascension sociale et de la sûreté de l’emploi par l’accès aux diplômes. La massification aveugle, la substitution du passage automatique en classe supérieure à la responsabilisation par le travail, la sape sournoise du niveau d’ensemble par la complaisance aux examens nous lèguent une école non pas moins sélective, comme le prétendent les oligarques, mais plus opaque et moins efficace [16].
Le redressement passe d’abord par la clarté des objectifs :
Une culture commune autour de la maîtrise de la
langue française, de l’histoire et d’éléments des autres
sciences sociales (sociologie, économie…), d’une culture
générale basique mathématique et scientifique ;
Une socialisation civique autour des règles de la
vie commune et de la responsabilité individuelle (rétablir
la connexion entre l’effort et le résultat) ;
par la définition de formations diversifiées et
adaptées aux niveaux et aspirations de chacun, avec
des parcours transparents et des passerelles effectives
pour permettre les réorientations
[17] ;
Le développement du second cycle professionnel suppose de
réhabiliter les savoir-faire pratiques méprisées par la culture bourgeoise,
des
moyens accrus et la redéfinition des
rapports avec les entreprises
[18].
Au-delà, il s’agirait de clarifier et étendre le domaine
de la formation professionnelle.
en donnant les moyens de leurs missions à la police et à
la justice, et en donnant réalité au droit à la
sécurité : plus de zones de non-droit, plus
d’impunité des délinquants en tous genre – et en
contrepartie tolérance zéro pour les éventuelles
« bavures » policières ;
en distinguant clairement le domaine de la prévention
de celui de la répression. Éducation, discussions,
aides sociales sont nécessaires et doivent
être maintenues, mais en aucun cas ne se substituer à
la sanction des crimes et délits.
La règle doit
être la même pour tous, et donner corps à l'identité citoyenne : aussi bien
les discriminations (emploi, logement, etc.) que les passe-droits communautaires
doivent être éradiqués. Ni voile ni ghetto mais l'égalité de droits et
de devoirs [19].
Une telle politique suppose des moyens adaptés :
recrutement massif dans la justice, toilettage des lois
et simplification des procédures pour réduire
drastiquement les délais et permettre l’effectivité des
sanctions.
La famille est le cadre élémentaire de la vie sociale. L’État n’a nulle vocation à être le gendarme des mœurs [20], mais le renforcement des liens familiaux passe aussi par le cadre institutionnel :
Les aides à l’enfance mériteraient d’être refondues
[21] ;
Faciliter l’installation des couples, en
particulier via la politique du logement,
Généraliser au niveau du droit du travail les règles de
« rapprochement de conjoint » existant
dans la fonction publique …
L’immigration provient de déséquilibres démographiques et de revenus à l’échelle mondiale. Sous réserve d’une politique adaptée, elle peut être une chance aussi bien pour les pays de départ et d’accueil que pour les populations concernées : atténuation du vieillissement de la population et de ses conséquences pour le système de retraites, mobilité géographique et sectorielle de la main-d'œuvre, mobilité socio-professionnelle accrue pour la population déjà en place, développement de liens avec les pays d’origine favorables à la circulation des savoir-faire et aux échanges commerciaux [22].
Il s’agirait donc de
Prévoir et organiser des flux réguliers d’immigration
légale, permettant aux individus et familles les plus
motivées d’entrer légalement et de travailler sur le
territoire national ;
Éviter la « fuite des cerveaux
» du
Tiers Monde en s’abstenant de privilégier les migrants
hautement qualifiés ,
Organiser l’accueil, le logement, la scolarisation et
la formation professionnelle de ces populations de
manière à faciliter une intégration rapide ;
Faciliter
les naturalisations sous réserve d'acceptation formelle des règles
et valeurs de la République. L'accès à la citoyenneté est un choix, pas un "droit".
Sans préjudice de la constitution d’ensembles nationaux nouveaux à partir de la convergence de nations existantes, il s’agit de mettre en oeuvre :
L’indépendance de la France vis-à-vis de l’OTAN,
Un combat pour un véritable multilatéralisme à
l’échelle internationale et contre la subordination des
institutions internationales existantes (FMI, OMC…) au
libéralisme aveugle ;
La rupture avec les institutions de l’Union
Européenne (Acte Unique, traité de Maastricht, Pacte
de stabilité, Traité de Nice…). Concernant l’Euro, il
paraît difficile de le conserver à l’encontre de la
politique de la Banque Centrale Européenne ; sous
réserve que la politique de cette dernière ne soit
radicalement révisée, il serait alors inévitable de
reconstituer une monnaie nationale.
Liens mutuellement avantageux avec les nations
émergentes, en premier lieu celles avec lesquelles
l’histoire nous a légué des rapports privilégiés
(francophonie) ;
En matière de progrès technique et médical, faciliter
la levée des brevets pour l’accès rapide de tous aux
nouvelles technologies
[23]
(rachat des brevets « sensibles » par un
organisme international ad hoc ?) ;
Coopération internationale accrue en matière monétaire
et financière
[24]
pour canaliser les mouvements spéculatifs déstabilisants
(réforme du FMI dans cette optique ?) ;
Engager des négociations avec les états de l’ex-Union
Européenne (et au-delà) pour de définir de nouvelles
coopérations (commerciales, industrielles,
scientifiques…) sur des bases différentes et
respectueuse de la souveraineté économique des Nations
[25].
[1] Nous faisons nôtre la définition de la Nation qu’exprimait Ernest Renan voici 123 ans :
« Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis [...]
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l'avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l'on comprend malgré les diversités de race et de langue. [...]
Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore. Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L'existence d'une nation est (pardonnez-moi cette métaphore) un plébiscite de tous les jours [...].
Les volontés humaines changent ; mais qu'est-ce qui ne change pas ici-bas ? Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. Mais telle n'est pas la loi du siècle où nous vivons. À l'heure présente, l'existence des nations est bonne, nécessaire même. Leur existence est la garantie de la liberté, qui serait perdue si le monde n'avait qu'une loi et qu'un maître.
Par leurs facultés diverses, souvent opposées, les nations servent à l'œuvre commune de la civilisation ; toutes apportent une note à ce grand concert de l'humanité, qui, en somme, est la plus haute réalité idéale que nous atteignions. [...]
L'homme n'est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d'hommes, saine d'esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s'appelle une nation. Tant que cette conscience morale prouve sa force par les sacrifices qu'exige l'abdication de l'individu au profit d'une communauté, elle est légitime, elle a le droit d'exister. »
Ernest RENAN : Qu'est-ce qu'une Nation ? [1882], Imprimerie Nationale 1996, pp. 240 à 242.
[2] Le « souverainisme » - De Villiers, Pasqua, P.-M. Couteaux et autres – évoque d’ordinaire la « Nation » comme une essence, un héritage historique et culturel indépassable. De notre point de vue, elle constitue d’abord une communauté politique, le cadre d’exercice de la souveraineté et de la démocratie. Ses frontières peuvent changer, des peuples peuvent unir leurs destins autour d’un projet politique partagé.
[3] Ce qui n’ôte rien au génie de son œuvre qui demeure un instrument non exclusif mais indispensable de la compréhension des sociétés modernes.
[4] Les États-Unis et leurs proches satellites (Royaume-Uni…) semblent faire exception. Ils ont poursuivi des politiques économiques beaucoup plus efficaces que l’Europe continentale (c’est la zone euro qui est devenu un boulet pour l’économie mondiale !). Le rôle maintenu du dollar comme monnaie de réserve internationale leur permet de gager leur croissance intérieure sur un déficit commercial sans précédent. Pourtant, les salaires tendent à stagner et les inégalités se creusent. Le « modèle » américain n’est pas exempt de contradictions internes et sa perpétuation dépend étroitement d’une domination mondiale qui ne saurait être éternelle (montée en puissance de la Chine, redressement de la Russie, et, qui sait, peut-être un jour réveil de l’Europe).
[5] L’expansion du marché sécurisait l'investissement, qui lui-même s’accompagnait d’une distribution de revenus favorable à la demande (« multiplicateur keynésien ») et de gains de productivité.
[6] Ce « néocapitalisme » profite à court terme d’une nouvelle vague technologique. Ne minimisons pas la profondeur de cette transformation qui affecte en profondeur les conditions du travail et de la socialisation, et les propriétés de la production elle-même. Mais à court terme elle atténue et surtout brouille la perception de ce retournement réactionnaire de la bourgeoisie.
[7] Évolution que manifeste leur participation aux mobilisations sociales (2003…), leur méfiance croissante vis-à-vis du PS (21 avril 2002…), puis montée d’une fronde militante contre l’appui de ses dirigeants à la constitution-Giscard.
[8] Un « écologisme » véritable supposerait de prendre la mesure de l’épuisement des ressources par le capitalisme non régulé, et de se tourner vers des solutions antilibérales pour canaliser l’activité économique vers des solutions soutenables. Mais l’individualisme militant, le libéralisme culturel et la base sociale bourgeoise des « Verts » les renvoie inexorablement vers l’ordre dominant, comme en témoigne leur participation acritique au gouvernement Jospin et leur appui à la constitution-Giscard.
[9] L’internationalisme proclame que le combat des peuples du monde entier est commun et solidaire, il ne nie pas les nations mais organise leur solidarité. L’antinationalisme (dont le discours de Lutte ouvrière est l’expression achevée) en est la caricature inversée, la lutte contre les nations qui revient à pulvériser les conquêtes sociales inscrites dans les institutions nationales.
[10] Notre critique radicale contre ces partis de la gauche conformiste mérite bien sûr d’être nuancée. Des militants troskystes (PCI) maintiennent une politique de résistance à l’ordre établi, les vieilles organisations elles-mêmes sont périodiquement secouées par des crises, certains militants cherchant à renouer avec le mouvement populaire. Dans le difficile contexte que nous traversons, l’incertitude idéologique et l’absence de pôle républicain crédible pousse les uns et les autres dans des impasses et à des échecs difficiles à surmonter. La recomposition à venir ne jettera pas l’opprobre sur ceux qui se sont trompés, mais elle devra dépasser leurs erreurs et se dégager de la pensée unique oligarchico-médiatique.
[11] « Debout la République » se débat avec mérite mais sans guère de perspectives dans l’UMP, le MRC chevènementiste maintient un discours républicain malgré son engluement dans les alliances électoralistes. Le PCI maintien l’héritage trotskyste, sans pour le moment être en mesure de le dépasser.
[12] Le marché concurrentiel et la propriété privée des moyens de production ne sont pas des fins en soi, mais des moyens efficaces de coordination des activités économiques et de promotion de l’innovation. Le rôle de l’État n’est pas de s’y substituer, mais d’en créer les conditions de possibilité (infrastructures, réglementations, information économique…) dans les domaines (nombreux mais pas universels) où ils sont souhaitables. Les nationalisations sont dans la plupart des cas inefficientes. Elles chargent l’État de tâches de gestion subalternes, font porter sur lui une responsabilité financière qui n’est pas dans sa vocation, et introduisent dans sa structure même les groupes de pression économiques. Dans certains domaines (monopoles technologiques, consommations collectives…) elles peuvent s’avérer indispensables, mais doivent demeurer l’exception. Aux entreprises l’adaptation aux marchés et aux conditions de production, à l’État d’agir sur leur environnement pour les canaliser vers le bien commun.
[13] « Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère »
[14] L’État peut prendre en charge directement ces activités, soit leur imposer des conditions spécifiques de fonctionnement et de profit, en fonction d’une analyse précise des hypothétiques avantages des bienfaits de la concurrence dans ces domaines.
[15] Par exemples : la réduction drastique du frêt routier au profit du rail… des grands travaux pour ajuster le niveau des transports en commun à la dimension des grandes agglomérations… l’installation au plutôt de borne de chargement électriques pour les automobiles, la coordination des recherches et de fortes incitations fiscales à l’achat de voitures « propres »… et bien entendu des mesures beaucoup plus fermes face aux entreprises pollueuses. La dérive libérale des « Verts » ne doit pas conduire à négliger les problèmes considérables mis en évidence par l’écologie scientifique !
[16] L’objectif d’une culture commune est noyé dans le laxisme généralisé, l’absence de sélection visible infantilise la jeunesse, et les diplômes se dévalorisent inexorablement – quant à leur niveau mais aussi quant à leur utilité sur le