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À propos du livre d'Éric Laurent :

LA FACE CACHEE DU 11 SEPTEMBRE (éd. PLON)

par : Terouga

Le titre de ce livre est plutôt mal choisi car E. Laurent ne nous révèle presque rien sur les événements qui ont suivi l’effondrement des tours du World Trade Center. C’est plutôt à un minutieux et pédagogique travail de synthèse auquel il se livre en nous racontant ses voyages et ses enquêtes autour de l’événement marquant du début du XXI°s.

Sans défendre les thèses pour le moins "audacieuses" d’un T. Meyssan (le coup viendrait de l’intérieur de l’appareil d’État américain) il s’appuie sur des sources journalistiques tant du côté américain qu’israélien ou européen.

Il ressort de cette enquête plus de questions que de réponses, c’est la conclusion de l’auteur. Entre histoire, actualité et analyse E. Laurent nous suggère la complexité du 11/09.

1) Ben Laden, partie visible de l’iceberg ?

L’auteur nous livre à plusieurs reprises les preuves de l’implication de certains États dans la construction du personnage de Ben Laden, à savoir l’Arabie Saoudite, le Pakistan et dans une moindre mesure les États-Unis eux-mêmes. En effet, derrière le profil d’un Ben Laden pourchassé et isolé dans les montagnes frontalières pakistano-afghanes on trouve des réseaux et des complicités qui coupent et recoupent les services secrets et les dirigeants saoudiens, pakistanais et américains. Tout le monde déteste officiellement Ben Laden, tout le monde le pourchasse, mais la réalité est bien plus compliquée : Ben Laden a, jusqu’à la fin des années 80, été une sorte de coordinateur des milliards de dollars américano-saoudiens qui ont transité via le Pakistan pour armer et renforcer la "résistance" islamo-féodale afghane aux troupes soviétiques "athées".

Certes Ben Laden devient anti-américain quand Bush père envoie des milliers d’hommes en Arabie Saoudite contre S. Hussein (un autre ancien allié des USA), mais il semble avéré que certains réseaux préfèrent soutenir encore Ben Laden en sous-main, histoire peut-être d’avoir une carte à jouer face au rouleau compresseur yahnkee. C’est le cas de nombreux ministres saoudiens, de l’ISI (services secrets pakistanais) et de certains cadres de la CIA.

Après 1989 (retrait soviétique) et le début des attentats anti-américain dans le Golf la complaisance vis-à-vis de Ben Laden reste d’actualité, comme si ce dernier pouvait servir un jour...

Les Soudanais sont près à le livrer aux Américains, ces derniers ont des hommes au Qatar quand Ben Laden y fait escale sur la route de Kaboul (1996), les Talibans doivent tout à la "neutralité" américaine dans leur conquête de l’Afghanistan, les Pakistanais sont des alliés privilégiés de Washington... Autant d’occasion de prendre le suspect et rien ne se passe.

Même scénario étrange après le 11/09 quand Ben Laden échappe toujours aux actions des soldats américains qui, finalement, ne semblent pas être vraiment en Afghanistan pour lui...

Techniquement E. Laurent émet des doutes sur la capacité de Ben Laden a organiser les attentats du 11/09. Comment un moine-soldat isolé dans les montagnes afghanes et plus que surveillé par le "réseau échelon" de la NSA (qui repéra jadis Guevara en Bolivie...) pu organiser une telle action ? Dès le jour de l’attentat Ben Laden dément sa responsabilité et cela à plusieurs reprises (même s’il affirme approuver le geste). Seule une mystérieuse cassette "trouvée" par les Marines en Afghanistan implique directement le suspect n°1.

L’auteur suspecte plutôt des réseaux bien plus organisés et financés qui graviteraient du côté de la famille royale saoudienne. De plus, trois princes suspectés d’avoir franchement aidé au 11/09 sont morts brutalement depuis l’événement...

Rappelons que le roi Fadh est très malade depuis bientôt 10 ans et c’est son frère (âgé de plus de 80 ans) qui assume la réalité du pouvoir.  Il passe pour un "réformateur". Il n’est donc pas impossible que l’Arabie Saoudite soit en pleine révolution de palais par groupes armés et assassinats interposés.

2) Autour du 11/09

Seule information relativement inédite du livre : la confirmation des spéculations boursières sur les actions des deux compagnies visées par les détournements. E. Laurent donne des chiffres : du 9 au 10 septembre les options à la baisse (warrants "baissiers") passent de 400 à plus de 4500 options d’achats pour les deux compagnies concernées. En remontant la filière boursière on tombe sur la Deutch Bank, impossible d’aller plus loin... Même si E. Laurent nous affirme que cette banque est depuis la guerre froide liée à la CIA (d’anciens hauts responsables de l’Agence dirigent l’établissement financier).

Que faut-il en conclure ? Sont-ce des Saoudiens ou des Américains (ou quelqu’un d’autre) qui a bénéficié des informations relatives aux détournements d’avion ?

De plus, ces opérations boursières sont un facteur de vulnérabilité pour les organisateurs du coup, mais est-ce eux ?

En effet l’auteur nous relate aussi les multiples signaux d’alerte qui sont arrivés aux services de renseignements américains des semaines avant le drame. Le journaliste nous parle du MI6 britannique, des services allemands, égyptiens, jordaniens, israéliens et même français. Dès lors pourquoi un telle apathie ?

Seul le FBI a tenté de réagir localement, mais sans être vraiment tuyauté par la CIA ou la NSA. De plus, il est avéré que les cadres des services les plus motivés par les enquêtes sur Ben Laden ont été écartés des agences américaines. Pourquoi ?

Autre information lue dans la presse française : l’affaire des espions israéliens voisins de l’attentat. Visiblement depuis les années 80 Tel-Aviv prend toujours la peine d’écouter les présidents américains au téléphone, l’affaire M. Lewinsky du temps de Clinton témoigne des habitudes surprenantes vis-à-vis de l’allié privilégié de Tel-Aviv... Reste que des dizaines d’espions israéliens ont été arrêtés et expulsés discrètement vers Israël quelques semaines après le 11/09. Pourquoi ?

Visiblement ces "étudiants" habitaient à proximité des pirates de l’air.

E. Laurent se demande aussi qui étaient vraiment les pirates de l’air car il subsiste des zones d’ombre sur leur identité et aussi sur qui, parmi eux, a détourné tel vol... En effet, d’après la liste du FBI (très rapidement élaborée après le drame) le vol qui s’est écrasé sur le Pentagone... n’avait aucun pirate à bord ! Pourquoi le FBI n’a-t-il pas corriger cela ? C’est comme si les attaques contre l’Afghanistan et l’Irak déclenchées, ces questions de basse police avaient été délaissées...

Pour finir, dernière "curiosité" du dossier : pourquoi Ben Laden n’est-il pas officiellement inculpé pour les attentats du 11 septembre ?

3) Le terrorisme : arme des faibles ou prétexte des forts ?

Il ressort de l’enquête d’E. Laurent que les attentats auraient pu être évités. Peut-on penser qu’on a laissé faire les pirates pour permettre ensuite à l’impérialisme américain d’attaquer qui bon lui semble ?

Il est avéré que Ben Laden n’est que le dernier avatar d’une hydre islamo-financière qui est largement connectée aux anciens réseaux anticommunistes de la guerre froide (Deutch Bank, CIA, finance saoudienne...).

Est-il illégitime de penser que Ben Laden n’est qu’un Tigre de papier que les uns et les autres utilisent comme épouvantail ou moyen de pression ? Pour Bush il est facile de taxer Ben Laden de tous les maux de la terre pour éviter d’incriminer ses "amis" saoudiens (les avoirs saoudiens aux USA représentent 7 % du total de l’économie US). Pour le Pakistan ou les États arabes c’est un pion qui permet de "dialoguer" d’autant mieux avec le colosse impérialiste.

Le livre d’E. Laurent s’achève sur des questions. Admettant l’extrême complexité et les apparentes contradictions du dossier il n’avance aucune hypothèses et affirme vouloir continuer l’enquête en concluant à une affaire de la dimension de l’assassinat de JFK.