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À propos du film :"Les temps qui changent" :

L'amour au temps de la mondialisation

par : Terouga

 

1) Tanger dans le tourbillon libre-échangiste

Il existe quelques endroits dans le monde où la mondialisation est une réalité.

Après "Loin" en 2001 où le même A. Téchiné explorait déjà la ville de Tanger, revoilà le avec "les temps qui changent" une histoire dont le décor est la ville "mondialisée" de Tanger. Avec Casablanca (évoquée dans le film), Shanghai et New-York Tanger est effectivement un port totalement polarisé par le commerce mondial.

Les marchandises arrivent et partent de tous les coins de la planète les cultures, les langues et les modes de vie cohabitent dans une perpétuelle ambiance surchauffée et hyperactive.

C’est la qualité du film de montrer un espace géographique totalement dévolu au libre-échange où l’économie décide de tout. Sans jugement particulier sur le phénomène, A. Téchiné nous montre derrière les histoires personnelles des éléments pour comprendre à quoi ressemble cette mondialisation entre Europe et Afrique, Occident capitaliste et Maghreb mystique...

Sans prophétiser le moindre désastre et en ne tombant pas dans la vision complaisante d’un islamisme en embuscade, le réalisateur nous montre dans son seizième film comment des couples vivent dans un univers en perpétuelle et trépignante évolution.

 2) Après le mouvement, le dépit

G. Depardieu est un "cadre dirigeant" d’une grande multinationale du BTB. Aux quatre coins du monde il coordonne des chantiers géants. A Tanger il est là pour superviser la construction du siège d’une future et mondiale télévision par satellite. Riche, compétent et seul, il est venu chercher "autre chose", lucide sur la froideur de son univers.

C. Deneuve est mariée à un médecin marocain, ils vivent dans une villa au large de la mer et, après 20 ans de vie commune, ne savent plus trop où ils en sont... Elle travaille sur une radio locale sans réelle perspective tandis que lui hésite à déménager à Casa où il serait payé deux fois plus cher.

Et, pour encore mieux montrer le chaos qu’est devenu leur vie de bourgeois cosmopolites ils reçoivent leur fils, bisexuel qui délaisse sa compagne du moment, une marocaine avec un enfant à charge qui se bourre de médicaments pour oublier que sa soeur jumelle (à Tanger) ne veut plus la voir.

Au milieu de tout ce fatras d’espoirs déçus et de chaos sentimental, G. Depardieu déboule pour reconquérir C. Deneuve son seul et unique "amour de jeunesse". Naïf, résigné, patient, G. Depardieu incarne le dépit et la déception d’un présent où la richesse, les voyages et les artefacts de la puissance ne remplacent pas stabilité et sincérité. G. Depardieu croit simplement en "quelque chose" de social là où il ne voit que des chiffres.

Rien ne s'arrangera vraiment au fil du film, la complexité des situations va demeurer et les angoisses et autres contradictions des personnages vont rester les mêmes. Suite à un très audacieux virage du scénario le couple idéal va se reformer, mais il n’y a pas grand chose à attendre de cet "heureux" épilogue. Le fils de C. Deneuve, lui, va rester écartelé entre Maroc et France, hommes et femmes, etc. C’est là que A. Téchiné se fait le critique discret mais réel d’un monde où tout va trop vite, pour les Marocains de base (la jumelle de la compagne du fils à la fois voilée et serveuse à Mac Do) qui encaissent les coups en espérant un avenir meilleur.

3) Un cinéma de la complexité

Comme dans "les roseaux sauvages" ou "Loin" A. Téchiné évite les clichés les plus faciles sur les pays, les hommes, les sentiments. La violence et le malheur inhérents à la condition humaine s’expriment à travers une foule de détails tous plus significatifs les uns que les autres. Même la marge de manoeuvre donnée par l’aisance ne résout rien.

Usant (et abusant ?) de la caméra à l’épaule ou des gros plans, il réussi à suggérer le malaise et les états d’âme de cette génération de bourgeois ou petits-bourgeois pour qui le métronome va désormais trop vite... C’est comme s’il fallait s’éloigner de Tanger pour que les choses s'arrangent, c’est à dire se rangent quelque peu à leur place. C. Deneuve suit G. Depardieu en France, son mari part travailler à Casa, leur fils repart avec sa compagne à Paris, etc.