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Sionisme et antisémitisme

par : Terouga

 

  Qui peut éviter d’avoir de la sympathie pour l’État d’Israël ?

Les media ne nous montrent-ils pas nos hommes politiques toujours chaleureusement accueillis par leurs homologues israéliens ? À ce petit jeu médiatique les socialistes ont souvent une longueur d’avance. Le PS et le Parti Travailliste sont membres de la même Internationale, ils y croisent les opposants à Chavez ou même Gbagbo...

De plus, les télés montrent toujours Israël comme une annexe sympathique de l’Occident : nouvelles technologies, stars à la mode, télés clignotantes, rues propres, modernité, etc. Certes on admet bien la présence de quelques juifs "ultra-orthodoxes" (pourquoi ultra ?), mais qui n’a pas ses extrémistes ? Quant à Sharon, ma foi, gageons qu’il finira comme P. Botha, premier réformateur de l’Apartheid et néanmoins tueur patenté de "nègres communistes". Voilà bien le décor planté par les thuriféraires d’Israël.

En bas, le bon peuple se désole du sort des j uifs pendant la guerre. Vu l’abjecte politique nazie, ils ne l’ont pas volé leur État, non ?

Tout ceux qui ne partagent pas à la virgule près ce bla-bla humaniste sont directement rejetés dans la catégorie "antisémite". Et par les temps qui courent cela vaut d’être mis à l’index.

À dire vrai une telle condamnation serait juste si les supporters d’Israël n’utilisaient pas eux-mêmes les ressorts de l’antisémitisme. Souvenons-nous que certains religieux juifs ayant pignon sur rue en Israël trouvent que les Juifs massacrés par les Nazis l’avaient mérité (au sens théologique du terme)...

Mais il y a plus vicieux. L’antisémitisme est né dans l’Antiquité et s’est développé au Moyen-Âge avec les mêmes caractéristiques que tout mouvement de rejet d’une minorité quelconque : si les massacres ponctuels arrivent (pogroms), les sociétés et les pouvoirs politiques tolèrent moins qu’elles ne supportent les Juifs. Cette situation perdure encore dans le monde à l’exception de l’Occident.

Dans l’Europe du XIX°s les populations de confession juive profitent des acquis de la philosophie des Lumières : plus question d’être rejetés pour cause de "déicide". Comme les autres européens les Juifs se détachent du sacré, eux-mêmes démolissant la notion de "peuple élu". Les révolutions française et russe accélèrent l’intégration et aucune personnalité juive n’aurait l’idée de renier ce recul du religieux.

Reste que face à ce mouvement de sécularisation va se développer une mutation de l’antisémitisme : la notion de "races humaines", directement issue du scientisme de l’époque, va hiérarchiser les populations humaines selon des critères qui nous paraissent aujourd’hui totalement ésotériques. Le but est essentiellement de diviser des gens aux intérêts communs et de légitimer l’exploitation coloniale. Pour certains hommes politiques en délicatesse avec les mutations de l’époque (C. Mauras) l’antisémitisme racial devient une aubaine et un credo porteur.

Face à cela les Juifs d’Europe sont très divisés : minoritaires les "ultra-orthodoxes" sont éclatés en sectes et rites rivaux, ils sont peut-être les seuls à incarner ces Juifs en marge, inassimilables, rêvés par les antisémites raciaux. Plus importants : les descendants de ces Juifs pratiquants, très impliqués dans la vie politique : républicains, socialistes, communistes ou libéraux, ils rejettent toutes les religions et s’intègrent parfaitement aux pays où ils vivent depuis des générations ; seuls des noms à consonance non berrichonne témoigne d’une origine dit "sémitique". Reste un courant politique laïc et très marginal : les sionistes.

Ils voient la solution au "problème juif" dans la création d’un État juif où, face aux persécutions antisémites, les Juifs pourraient déménager et se réfugier. Cette idée pose de nombreux problèmes : elle accepte déjà l’idée que les Juifs sont un "problème" et/ou un peuple "à part". Elle accrédite l’idée antisémite que la présence juive est un problème insoluble dans les États concernés.

Rejetés par les religieux qui n’attendent que le retour du Messie, attaqués par les progressistes laïques attachés à leur pays, les Sionistes vont rester marginaux, divisés en groupes opposés sur la localisation éventuelle de l’État (Ouganda ou Palestine ?) Ou même le modèle économique de cet État (socialiste ?).

C’est après 1945 que cette minorité politique va être au centre des tractations entre impérialismes. Les puissances occidentales (victorieuses ou vaincues) ne savent que faire face à l’ampleur du génocide... Les complicités dans ce crime inouï sont multiples : pourquoi personne n’a-t-il dénoncé l’extermination côté allié ? Pourquoi ne pas avoir bombardé les voies menant aux camps de la Mort ? Que savait Pie XII ? Où est passé l’argent spolié ? Les questions gênantes pour les Alliés ne manquent guère... Si le procès de Nuremberg tente d’éluder ces questions, nul n'ignore que les anciens collaborateurs de cette Europe nazie dorment souvent tranquillement ou travaillent déjà pour la CIA.

Traumatisés dans cette Europe en ruines, quelques Juifs se laissent tenter et manipuler par les Sionistes. Pourquoi ne pas fonder Israël ? Où ? Déjà, en Palestine britannique, des groupes d’activistes sans pitié posent des bombes à l’aveuglette et visent les populations arabes... Les Juifs natifs de la région, vivant en bonne entente avec les Musulmans, sont vite dépassés par ces nouveaux venus de culture européenne, dédaigneux vis-à-vis des "juifs orientaux".

Soutenus par Staline à l’antisémitisme proverbial (la Tchécoslovaquie livrera des armes aux Sionistes en 48) et les autres puissances impérialistes l’État hébreu débute son histoire en expulsant et massacrant des centaines de milliers d’habitants arabes. Cette purification ethnique ne doit rien au sadisme du jeune Sharon, non, pour exister l’État sioniste doit dégager un espace où les Juifs sont majoritaires, or dans le partage de l’ONU le territoire d’Israël compte moins de 30 % d’habitants juifs !

En 1956, 1967 et encore aujourd’hui c’est la même stratégie qui se répète : refouler les non- j uifs loin d’Israël. Dans cette logique, la politique ne peut être que raciale, coloniale et impériale.

Depuis des décennies en France comme ailleurs, l'extrême-droite la plus maurassienne soutient Israël, autant par anticommunisme que par antisémitisme. Les anciens de Vichy furent toujours très favorables à l’idée d’un État juif qui ferait disparaître définitivement ces "métèques inassimilables"... Si les Juifs se battent si bien pour leur État, c’est bien qu’ils n’ont pas leur place ailleurs !

Ainsi sionistes et antisémites se rejoignent : les Juifs ne sont pas chez eux ailleurs que dans leur État. Quoi de plus logique pour un "peuple à part" et une "race à part". C’est la logique du ghetto grandeur nature.

Aujourd’hui encore cette association de deux logiques de ségrégation explique le soutien de la droite américaine religieuse à Sharon. Les Protestants intégristes voient dans Israël un "étape" vers le retour du Christ (sic). Dans la société américaine les Juifs sont valorisés (contrairement aux Noirs), mais ils ne sauraient être de vrais WASP. Impérialistes US et Sionistes partagent un même quotidien : Chacun chez soi ! Solidement armés contre la sauvagerie périphérique : Indiens aux USA et Arabes en Palestine. C’est juste oublier qui est "chez soi". Aux États-Unis l’extermination des populations locales a marché, pourquoi pas en Palestine...

Très logiquement Israël ne saurait être qu’une petite Afrique du Sud : un État de droit réservé à une minorité raciale, une armée disproportionnée et des colonies aux frontières. C’est ça Israël. Et 90 % de la classe politique de ce pays est d’accord avec ce "programme", travaillistes compris.