des icônes post-progressistes
par : Terouga
Les utopies et autres luttes des années 60-70 ont poussé si loin la
société française que tout retour en arrière s’est vite révélé impossible.
Passé les réformes de fond de la présidence Giscard, la société s’est orientée
vers un rejet général de tous les conservatismes sociaux, épargnant au passage
le conservatisme de la propriété privée des
Dans cette évolution vers un individualisme renouvelé et achevé, il
fallait aux classes orientant cette mutation des figures, des icônes étiquetées
proches des masses populaires et véhiculant, en réalité, un discours totalement
défavorable à ces mêmes catégories de la population.
La télévision ayant été le grand média de la période, c’est par son
intermédiaire que ce nouveau discours "post-progressiste" s’est
exprimé autour de quelques grands thèmes chers aux Libéraux et volontiers
partagés par quelques "enragés" post-soixante-huitard : la haine
de l’État et de ses représentants (flics, fonctionnaires, militaires,
etc.), le rejet de toute alternative politique (alors incarné par le
PCF) et la pro
Les personnalités du spectacle au sens large ont donc, après une période
très "rebelle" ou parfois même progressiste, rejoint le camp des
vainqueurs, rejouant à leur tour le refrain de l’éternelle trahison des Clercs.
Les puissants intéressés à la libéralisation de la société française n’ont pas
manqué de porte-paroles qui ont, par leurs talents et non dans le forum
politique, porté chez les ouvriers un discours finalement très réactionnaire.
Vivant ou
La célébrité de Serge Gainsbourg est née, elle aussi, dans les années
70. Jusqu’au bout il fit figure de "rebelle". Aujourd’hui encore son
alcoolisme proverbial hérisse les cheveux des présentateurs de l’époque,
pourtant, pour un invité à risques on ne peut pas dire qu’il fut très boycotté
des plateaux de télés... Lui aussi fut une figure très populaire, il eu même le
privilège de fréquenter une autre icône des années 60 : Brigitte Bardot au
progressisme légendaire.
On pourra retenir des "messages" de S. Gainsbourg la haine de
l’impôt.
Multimillionnaire grâce à ses passages sur les media État, le chanteur
se rendra célèbre pour avoir brûlé en grande partie un billet de banque à la
télé pour "illustrer" la rapacité du fisc. Cela
Autre message publique de l’artiste : la mise en musique et en chansons
de la "révolution sexuelle", en duo avec Jane Birkin ou avec sa
fille. Là aussi le message est sans ambiguïté : "jouissez, on s’occupe du
reste".
Dans l’album des acteurs de renom, le personnage d’Yves Montant est sans
aucun doute celui qui
Survivant des années 60, et personnage de spectacle le plus célèbre de
France, "notre Johnny national" plane au dessus des précédents,
inoxydable. Si les textes qu’il chante varient avec les
A qui profite Johnny ? Au couple Chirac qui, dès 86, le mis à
contribution pour vanter les premières privatisations. Cet été encore il sert
de bouffon officiel de Bernadette en Corrèze, loin de la lutte des
intermittents et près du manche. Et il y a fort à parier pour que les autres
"stars" du Rock aient suivi la même pente.
La liste de ces figures de la révolution libérale est longue. Pour vivre
et prospérer bien des artistes lucides sont obligés de mettre de l’eau dans
leur vin rouge, mais, comme le veulent les lois de la société du spectacle, ce
sont encore les plus militants d’hier qui font les plus renégats d’aujourd’hui.