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À propos du livre : BRÛLÉ VIF de A. Chevalérias

Au nom de Marx et Mahomet

Enquête sur les Moujahidines du Peuple d’Iran

par : Terouga

Dans le sillage de la révolution iranienne

Pour apprécier comme il le mérite l’enquête d’A. Chevalérias il faut avoir en tête quelques repères sur l’histoire contemporaine de l’Iran. En effet, avant la révolution de 1979 qui chasse le shah, ami de l’Occident en général et des États-Unis en particulier, une myriade de groupes politiques agissent contre sa dictature.

Parmi ces opposants un groupe va peu à peu de distinguer, les Moujahidine du Peuple d’Iran ou MEK… Alliés à l’ayatollah Khomeiny contre le shah et contre les Américains, il vont vite entrer dans une opposition brutale au nouveau régime et finir par quitter l’Iran non sans avoir déclaré une guerre totale à « la dictature des mollahs » et échouer à prendre le pouvoir… Nous sommes en 1981.

Juin 2003, en France, la police procède à un coup de filet parmi les membres de ce groupe présents en France depuis le début des années 80. Si l’enquête ne donne rien, Maryam Rajavi, leader des MEK avec son mari Massoud Radavi est arrêté quelques jours. Pour accélérer sa libération, une dizaine de militants des MEK s’immolent par le feu dans les principales capitales européennes…

Pourquoi de tels gestes ? Actes isolés ou planifiés ? Qui sont vraiment les MEK ? Quel type d’organisation peut mener ainsi à des suicides ? C’est là que l’enquête d’A. Chevalérias débute…

La révulsion permanente

Journaliste depuis 1974 notre enquêteur sait comment s’y prendre pour comprendre cette organisation. Voyages, témoignages, sources écrites… Rien n’est laissé au hasard pour savoir si les MEK sont de sympathiques résistants au régime de Téhéran ou une secte paranoïaque et dangereuse.

En Occident où ils résident parfois depuis plus de 20 ans les MEK se présentent comme des démocrates résistant à la dictature des religieux iraniens. Avant même le renversement du shah ils contactaient les principaux partis politiques européens (de la droite libérale aux communistes) et se rendaient le plus sympathiques possible. Encore aujourd’hui ils bénéficient de soutiens de tous bords. Aux États-Unis ils bénéficient de la complaisance intéressée des milieux néo-conservateurs. Oubliant un peu vite que les MEK ont tués 6 coopérants militaires américains du temps du shah ces milieux de la droite américaine sont près à toutes les extrémités pour gêner le régime iranien.

En France, par contre, les MEK sont plutôt soutenus par la gauche. Même si A. Chevalérias amalgame un peu systématiquement la gauche française derrière les MEK, il est certain et avéré que l’image de démocrates et de rebelles bernent quelques grandes figures de la gauche française comme D. Mitterrand, l’avocat H. Leclerc ou J. Bové.

Ces bonnes âmes ne perdraient pas leur temps à lire cette enquête car l’auteur ne peine guère à rappeler que les MEK agissent en Europe à la limite de la légalité. Ainsi en se présentant comme une organisation humanitaire ils démarchent les simples passants dans la rue et renflouent ainsi leurs caisses. Dans le même genre aux USA ils ont récolté des fonds suite au tremblement de terre de Bam, argent qui n’a jamais bénéficié aux sinistrés, etc.

Mais A. Chevalérias va bien plus loin. Il nous emmène à la rencontre d’anciens militants des MEK qui résident autant en Europe qu’en Iran où le régime a accordé une réelle amnistie aux anciens militants des MEK. Ainsi, à Téhéran l’auteur interroge ces dizaines de témoins qui ont vécu la « démocratie » des MEK de l’intérieur. Et nous découvrons le vrai visage de cette organisation. Même si la lutte contre le shah puis contre Khomeiny était une lutte à mort entre les protagonistes, force est de constater que les MEK fonctionnent avant tout comme une secte. Comme des gourous le couple qui dirige les MEK oblige les militants à abandonner toute autonomie de pensée et toute liberté personnelle.

Après avoir rompu avec Khomeiny, les MEK s’installent dans l’Irak de S. Hussein, pays qui a pourtant agressé l’Iran ! Mélangeant dans la confusion vulgate marxiste et références chiites, les MEK croient avant tout à l’adage « la fin justifie les moyens »… Les militants iraniens de base rejoignent donc l’Irak et les camps de l’organisation, dont celui d’Achraf. A l’intérieur de ce camp c’est du pur et simple totalitarisme : hommes et femmes vivent séparément, les enfants sont expédiés en Europe chez des couples sympathisants, séances d’autocritiques obligatoires, vie de casernes, etc. Les Rajavi y sont tout puissants et forcent les disciples à suivre leurs étonnantes lubies. Ainsi, sans donner d’explications crédibles, les Rajavi ordonnent à leurs militantes et militants de se marier entre eux, ensuite ils les forcent à divorcer et interdisent les relations sexuelles et soupçonnent systématiquement leurs membres encasernés de « fauter »…

D’entretiens en vérifications, l’auteur démontre aisément que le camp d’Archaf est une sorte de meilleur des mondes à ciel ouvert, une micro société totalitaire qui pourchasse sans pitié opposants réels ou supposés. Car quand un membre veut quitter cette ambiance surréaliste et tyrannique, il est systématiquement enfermé, battu puis livré aux irakiens. Bien souvent les malheureux meurent sous les coups de leurs tortionnaires ou sont abandonnés près de la frontière iranienne alors très dangereuse…

A. Chevalérias suit la piste des ex membres à travers l’Europe. Tous racontent la même histoire : ayant rejoins les MEK par idéal ou par nécessité (iraniens fait prisonniers par les irakiens) ces personnes racontent l’enfermement mental, le culte de la personnalité, le secret, la désinformation qui les coupent de leur famille, de leur pays et du réel…

Au final ceux qui ne sont pas brisés par ces années de tromperies et d’erreurs recommencent parfois leur vie.

Résistants ou terroristes ?

Mais revenons à la question principale : les MEK sont-ils des terroristes ou des résistants ? Les États-Unis et l’Union Européenne ont tranché, les MEK sont sur la liste des organisations terroristes, mais ils restent libres d’agir, même après le coup de filet de 2003. Dès lors, du point de vue des grandes puissances, n’existe-t-il pas des « bons » et des « mauvais » terroristes ? Si demain Bush et ses supplétifs européens partaient en guerre contre l’Iran qui dit que les MEK ne deviendraient des opposants télégéniques ? Troublante ambiguïté qui sent bon la raison d’État…

En attendant, même si les MEK semblent avoir toujours visé des cibles militaires dans leurs actions armées en Iran (de plus en plus rares depuis l’occupation de l’Irak et leurs relations avec les Américains) rien ne peut exclure une ultime dérive fanatique dans une organisation. L’ex président iranien B. Sadr (qui fut quelques années proche d’eux) les qualifie de secte. Cela semble aussi être l’opinion de l’auteur qui fait un parallèle convainquant avec la secte dite des « assassins » du XIème siècle.